Petite trilogie de la mort : Les aveugles


Tout commence ainsi. Chacun des deux groupes est assis sur leur pierre respective, les six femmes d’un côté, les six hommes de l’autre. Le ciel est dégagé. C’est la pleine lune et il fait sombre.

Aux prises à l’angoisse, et en l’absence du prêtre, les aveugles commencent à échanger entre eux, ne sachant que faire. Désorientés, ils s’en remettent aux sons pour tenter de se repérer sur cette île.

Amplifiés par la nuit, et l’angoisse qui les étreints, ils commencent à douter du retour du prêtre. Ils ne comprennent pas ce qui l’a motivé.

Seuls face à la mort

Avançant de plus en plus dans la nuit, le froid commence à les saisir un à un. Jusqu’alors, ils avaient convenu de rester là où ils étaient. N’y tenant plus, ils se rapprochent pour se tenir chaud. Il fait de plus en plus, leurs membres s’engourdissent. Ils ont faim, le doute les envahit. Aucun ne pense pouvoir réussir à passer la nuit.

Le froid se fait alors sentir, la neige commence à tomber. Tous grelottent. Ils pensent être condamnés. Quand tout à coup , l’un d’entre eux entend au loin une sorte d’aboiement.

Alors il se lève, il veut aller à sa rencontre. Les aboiements se font à nouveau entendre. Certains, tous s’agitent, s’interrogent. Enfin, quand le du chien apparaît, ils reprennent espoir. Le chien, quant à lui,  conduit un des aveugles jusqu’à un corps inerte, celui du prêtre.

Quand L’heure sonne

Transis de froid, et gonflés d’espoir, ils se collent les uns aux autres pour ne pas s’endormir. Le chien précède forcément quelqu’un, ils ne peuvent pas mourir ici. On va bien finir par les trouver. Les bruissements se font plus audibles, plus proches. Sont-ce les feuilles mortes, le vent, est-ce le fruit d’un délire collectif ?

Rassurés, ils s’animent …  « ils sont ici, ils sont parmi nous » s’exclame alors une des femmes aveugles. Tous veulent les voir. Et puis, une dernière voix se fait entendre, celle du plus jeune d’entre eux lançant dans un dernier élan: « qui êtes-vous ? » …

Une lecture, et plusieurs interprétations

C’est avec la mort qu’ils ont rendez-vous. Elle est venue les chercher. La noirceur de la nuit, le froid qui s’installe, l’angoisse et la peur du lendemain. Tous les présages sont dévoilés petit à petit dans la pièce.

Il y a plusieurs niveaux de lecture des aveugles ; on peut y voir la mésaventure d’un groupe de personnes aveugles abandonnés par le prêtre qui les accompagnaient. Pourtant, quand on prête un peu plus attention à l’histoire, on voit l’ironie de la situation, surtout au moment de l’espoir de voir arrivé une tierce personne pour les secourir.


Court, incisif et puissant, nous nous retrouvons très vite au cœur de ce groupe. On sent le froid nous saisir, la peur s’emparer de nos corps, l’obscurité nous envelopper. Une pièce qui nous plonge dans les ténèbres, un suspens saisissant. Nous sommes suspendus à leur destin. Plus on avance et plus on se doute de l’issue. On veut savoir. J’ai adoré.

L’histoire à elle seule tient toutes ses promesses, nul doute que nous assisterons alors à des représentations exceptionnelles,  du 13 au 17 Novembre prochain au Théâtre National , grâce à la maestria de son metteur en scène, Josse de Pauw et de Dominique Pauwels pour la musique.


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